Il y a un peu plus d’une décennie, le ciel s’effondrait sur les résidents de Tobaggo avec la démolition spectaculaire de leurs maisons et la destruction de tous leurs matériaux de construction, laissant des dizaines de familles dans un désarroi total. Aujourd’hui, le cauchemar semble s’éterniser. Loin d’avoir tourné la page de ce drame social et foncier qui avait profondément marqué l’opinion publique, les sinistrés font face à une nouvelle épreuve : celle des méandres et des lenteurs de l’administration. Réunis en conclave ce dimanche 9 août, les membres du Bureau Exécutif du Collectif des Victimes de Tobaggo ont dressé un constat amer de leur situation. À travers un communiqué au ton ferme et sans équivoque, signé par leur président Mbaye THIOYE, ils ont décidé de monter au créneau pour exiger la finalisation de leur processus de dédommagement, pointant directement du doigt le ministère de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire.
Lors de cette rencontre d’évaluation cruciale, l’ordre du jour était particulièrement chargé pour ces familles épuisées par des années de promesses en suspens. Il s’agissait notamment de faire le bilan des activités en cours et de préparer activement une grande conférence de presse. Cette future sortie médiatique a pour objectif de dévoiler un nouveau plan d’actions musclé visant à obtenir, enfin, le lotissement définitif du site baptisé « Recasement 2 ». C’est sur ce point précis que la colère du collectif atteint son paroxysme. L’autorisation de lotir de ce site de compensation, censée clore définitivement ce chapitre douloureux, demeure introuvable. Pire, elle serait coincée dans les rouages bureaucratiques au plus haut niveau de l’État, suscitant une vive incompréhension chez les membres de l’organisation qui voient leurs espoirs continuellement repoussés.
Dans leur déclaration officielle transmise à la presse, les responsables du collectif n’y vont d’ailleurs pas par quatre chemins pour dénoncer cette inertie institutionnelle. Ils soulignent avec force qu’« un dossier pendant sur le bureau du Ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire est en souffrance, faute de signature ». Cette grave accusation met en lumière une contradiction frappante entre la volonté politique affichée au sommet de l’État et la réalité administrative subie par les citoyens. En effet, les victimes rappellent que le règlement de ce passif social avait reçu l’aval clair des plus hautes sphères décisionnelles. Face à ce qu’ils considèrent comme une rétention de signature injustifiée, les rédacteurs du document martèlent que « l’étonnement est donc le sentiment le mieux partagé alors que les hautes autorités du pays ont donné des instructions dans ce sens ».
Ce contraste saisissant entre les directives étatiques et l’apparente inaction du ministère de tutelle pousse aujourd’hui le collectif à radicaliser son discours. L’espoir initialement suscité par l’attribution du site de Recasement 2 laisse progressivement place à une amère désillusion. Le bureau exécutif ne compte d’ailleurs plus subir passivement ces lenteurs. Affirmant leur volonté d’engager le bras de fer, ils avertissent : « Le Collectif des victimes profite donc de cette valse-hésitation pour interpeller le Ministre de l’Urbanisme quant au retard noté dans le traitement de ce dossier vieux de plus de 10 ans. » Cette interpellation directe, sans filtre, sonne comme un ultimatum avant le déploiement imminent de leur plan d’actions sur le terrain.
En définitive, c’est un climat de doute profond et de rupture de confiance qui s’est installé entre les victimes de Tobaggo et les autorités en charge de l’aménagement territorial. La douleur immense des destructions d’il y a dix ans est ravivée par le sentiment tenace d’être abandonnés à quelques mètres seulement de la ligne d’arrivée. Concluant leur alerte avec une gravité qui en dit long sur leur état d’esprit actuel, le président Mbaye THIOYE et son équipe soulignent fermement que « le Collectif exprime sa méfiance face aux tergiversations notées concernant la non-publication de l’arrêté autorisant le lotissement ». Reste désormais à savoir si ce cri de colère, lancé à la veille d’une conférence de presse qui s’annonce particulièrement houleuse, suffira à débloquer ce dossier et à rendre enfin justice à ces familles meurtries.