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🔴VIDÉO–RECHERCHE ET INNOVATION EN AFRIQUE DE L’OUEST : L’URGENCE D’UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE SOUVERAINE ET D’UNE VALORISATION ÉCONOMIQUE DES BREVETS

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La Conférence régionale des Recteurs et les Journées Recherche et Innovation pour l’Afrique de l’Ouest ont baissé le rideau ce 29 septembre 2026 à l’Hôtel Azalaï de Dakar, appelant à une refonte structurelle de la gouvernance universitaire sous-régionale. Cet événement, dont l’ouverture avait été présidée par le Dr Boubacar CAMARA, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal, a réuni les décideurs académiques pour statuer sur les instruments de financement et la viabilité des nouvelles alliances stratégiques. Le panel de restitution a livré un diagnostic sans concession sur l’incapacité systémique des institutions à transformer leurs découvertes scientifiques en succès commerciaux, avant de plaider pour l’intégration de la science dans la politique étrangère des États.

Rapporteur du premier panel consacré aux innovations, le Professeur Ibrahima NGOM directeur de l’Institut supérieur de formation à distance de l’Université Cheikh Anta Diop, a d’emblée posé la problématique centrale : « Pourquoi certaines innovations atteignent le marché et d’autres s’arrêtent ? ». Synthétisant les travaux d’un groupe d’experts régionaux, il a souligné une rupture critique dans le parcours de valorisation. Selon lui, si les universités maîtrisent la preuve de concept et la validation scientifique, elles échouent lors des phases de production industrielle et de négociation commerciale. « Nos universités produisent des résultats valorisables, mais elles ne sont pas organisées pour les accompagner jusqu’au marché », a-t-il affirmé. Pour franchir ce cap, le Professeur NGOM a préconisé la création de bureaux de transfert technologique dotés d’une personnalité juridique et d’une politique de propriété intellectuelle rigoureuse. Il a tenu à rappeler une règle fondamentale souvent ignorée par le monde académique : « Un brevet atteste une nouveauté, pas une valeur économique ». Ce constat est particulièrement prononcé dans le secteur de la santé, où l’absence d’unités de production conformes aux normes pharmaceutiques et le manque de cadres équitables avec les détenteurs de savoirs traditionnels bloquent l’accès au marché, obligeant l’État à revoir ses procédures d’achat public pour soutenir les jeunes pousses issues des laboratoires.

S’inscrivant dans cette dynamique de rupture, le nouveau président de la Conférence des Recteurs de l’Afrique de l’Ouest (CRAO), le Professeur Charlemagne Babatoun IGUÉ, a appelé à une prise de responsabilité immédiate. Élu la veille, le recteur de l’Université d’Abomey-Calavi a exhorté ses pairs à dépasser le stade des déclarations d’intention. « Le temps de la réflexion doit désormais céder la place au temps de l’action », a-t-il martelé devant l’assemblée. Il a réaffirmé que l’institution académique ne doit plus se limiter à la transmission du savoir, déclarant que « l’université ouest-africaine doit être un pilier de la souveraineté scientifique et un moteur du développement de nos économies ». Illustrant l’impact d’un financement bien structuré, il a salué l’appui historique des partenaires bilatéraux et multilatéraux, citant l’exemple probant du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) qui a permis de financer et de mener à terme les thèses de plus d’une centaine de femmes docteures sur une décennie, renforçant ainsi le vivier de compétences de l’enseignement supérieur francophone.

Cette quête de souveraineté ne saurait toutefois aboutir sans une redéfinition des rapports de force à l’échelle internationale. C’est l’avertissement lancé lors de la cérémonie de clôture par le Professeur Slim KHALBOUS, recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), qui a érigé la diplomatie scientifique en priorité absolue. Constatant que la recherche dans les pays du Sud reste lourdement tributaire des capitaux étrangers, il a rappelé une réalité géopolitique implacable :« Celui qui finance, oriente. Celui qui paye, décide ». Face aux crises transnationales telles que le climat, la gestion de l’eau ou l’intelligence artificielle, l’Afrique doit cesser de subir les agendas imposés de l’extérieur. Le Professeur KHALBOUS a défini ce nouveau levier d’influence d’une formule limpide : « C’est l’art d’utiliser la science pour faire de la politique étrangère ». Il a insisté sur le fait que la diplomatie scientifique n’est pas le monopole des ambassadeurs, mais bien l’affaire des chercheurs eux-mêmes. « La diplomatie scientifique doit être un levier d’un partenariat plus équilibré et durable », a-t-il affirmé. Cette vision s’est concrétisée par l’adoption d’un manifeste de l’AUF pour la diplomatie scientifique francophone, volontairement fait signer par quarante-quatre ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, actant ainsi l’intégration définitive de l’expertise universitaire dans la stratégie de puissance et de négociation des États africains sur la scène mondiale.

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