PLUIES DILUVIENNES: L’HEURE N’EST PAS AU PROCÈS, MAIS À LA SOLIDARITÉ NATIONALE (Par Mbaye Jacques DIOP)
Tout le week-end, le ciel s’est abattu sur le Sénégal. Des pluies diluviennes, d’une rare intensité, se sont abattues sur toute l’étendue du territoire national. De Dakar à Ziguinchor, de Saint-Louis à Matam, de Tamba à Kaolack en passant par Kaffrine, de Diourbel à Louga, de Fatick à Thiés, de Kolda à Kedougou aucune région n’a été épargnée.
Le bilan est lourd. Des localités entières inondées, des familles sans abri, des pertes matérielles considérables et, plus tragique encore, des pertes en vies humaines. C’est le Sénégal qui pleure ses enfants.
Face à ce drame, la tentation est grande, et facile, d’accuser. Peut-on tout imputer à l’État ? La réponse honnête est non. Ce serait de la mauvaise foi.
Certes, l’État a une part immense de responsabilité. Il est le garant de l’aménagement du territoire, de la planification urbaine, de la prévention et de la protection des citoyens. Et sur ce chapitre, beaucoup reste à faire. Nous devons l’exiger, avec fermeté et constance.
Mais force est de reconnaître qu’il y a des éléments d’appréciation que nul ne peut occulter.
Comment comprendre l’inondation sans parler d’abord de cette volonté divine, de l’explosion démographique de la presqu’île du Cap-Vert ? Dakar, qui abritait quelques centaines de milliers d’habitants à l’indépendance, en compte aujourd’hui près de 5 millions. Une pression humaine intenable.
Comment comprendre sans parler de l’incivisme d’une partie de nos populations ? Les constructions anarchiques dans des zones non aedificandi, l’occupation volontaire des bas-fonds, des zones marécageuses, le remblayage des voies naturelles d’écoulement des eaux, le bouchage systématique des caniveaux par des ordures plastiques. Chaque construction illégale est un barrage de plus contre l’eau.
Les plus anciens s’en souviennent. Le Grand Serigne de Dakar, le vénéré Abdoulaye Makhtar DIOP, alors Directeur Général de la SONEES, avait très tôt tiré la sonnette d’alarme. Avec la rigueur de l’ingénieur et la sagesse du sage, il avait alerté la Nation: « N’occupez pas les zones de captage ». Il avait expliqué, pédagogiquement, que toute cette zone qui va de la Patte d’Oie aux Maristes, en passant par Khar Yalla et les Parcelles, est une zone naturelle de captage des eaux de pluie. C’est le bassin qui doit recueillir l’eau pour réalimenter la nappe. Si on le bétonne, où ira l’eau ? Aujourd’hui, l’eau nous répond. Elle reprend son lit.
Cette affaire n’est donc pas uniquement l’affaire de l’État. Elle est l’affaire de nous tous. C’est le résultat de décennies d’incivisme toléré, d’incurie collective et de démission individuelle.
Ce n’est pas non plus le moment pour certains politiciens, en mal d’inspiration, de sauter sur cette détresse pour en faire un fonds de commerce politique. Transformer le malheur des sinistrés en munitions pour attaquer l’État du Sénégal est indécent. Les populations qui ont les pieds dans l’eau n’ont pas besoin de discours partisans, elles ont besoin de pompes, de secours, de vivres et de solidarité.
L’heure n’est pas à la division. L’heure est à l’unisson. L’heure est à la solidarité nationale pour soutenir les familles en situation de précarité et de détresse extrême après ces fortes pluies.
Nous devons tous être aux côtés de l’État, aux côtés des services de secours, de l’Armée, de la Police, de la Gendarmerie, des sapeurs-pompiers, des Eaux et Forêts, de la Protection civile, de l’ONAS, pour soulager les populations. Nous devons être aux côtés de nos voisins sinistrés.
L’après-inondation viendra. Le temps du bilan viendra. Le temps de la planification sérieuse, de la démolition de ce qui doit l’être et de la sanction de l’occupation anarchique viendra.
Mais pour l’instant, soyons Sénégalais. Un seul peuple, une seule peine.
Mbaye Jacques DIOP
