Le débat qui agite aujourd’hui la République autour des fonds politiques et des fonds spéciaux de la Présidence n’est pas un simple différend comptable entre deux hommes, ni le prolongement d’une querelle personnelle entre anciens compagnons de route devenus rivaux. Il touche à une question bien plus ancienne et bien plus grave : celle de savoir si, plus de soixante ans après l’indépendance, l’argent du peuple sénégalais peut encore échapper, en tout ou en partie, au regard du peuple souverain.
Un héritage qui traverse tous les régimes
Il faut le dire avec clarté et sans esprit de polémique stérile : aucun régime n’a échappé à cette pratique. De SENGHOR à DIOUF, les montants sont restés modestes mais la logique de discrétion était déjà posée. Sous WADE, l’enveloppe théorique a été multipliée par plus de dix, et les rapports d’inspection ont révélé des dépenses réelles très largement supérieures aux plafonds votés. Sous Macky SALL, la même opacité a perduré, sans rupture véritable. Et aujourd’hui, le régime né de la promesse de « rupture systémique » se retrouve à son tour pris dans la même contradiction : promettre la transparence dans l’opposition, et découvrir, une fois aux affaires, la commodité et où la nécessité du secret.
L’URD n’a aucun intérêt partisan à instruire ce procès à charge contre tel ou tel homme. Ce serait faire preuve de la même myopie qui a égaré, tour à tour, chacun de nos régimes. Le problème n’est pas Diomaye FAYE, ni ses prédécesseurs pris individuellement. Le problème est un système hérité des pratiques françaises d’avant 2001, que le Sénégal n’a jamais eu le courage de réformer, quel que soit le camp au pouvoir.
Ce que nous refusons
Nous refusons deux postures qui, l’une comme l’autre, desservent la démocratie sénégalaise.
La première est la surenchère populiste, qui transforme un débat institutionnel majeur en règlement de comptes entre personnalités, au risque de noyer la question de fond — combien, pour quoi, sous quel contrôle — sous le bruit des invectives et des chiffres jetés en pâture à l’opinion sans méthode ni contradictoire.
La seconde est la défense corporatiste du statu quo au nom de la raison d’État, comme si le secret budgétaire était une nécessité intangible plutôt qu’un choix politique révisable. Le secret d’État protège légitimement certaines informations sensibles — le renseignement, certaines opérations de sécurité, certaines tractations diplomatiques. Il ne protège pas, et n’a jamais dû protéger, l’usage discrétionnaire de deniers publics à des fins de distribution politique, sociale ou personnelle.
Ce que nous proposons
L’URD appelle à une réforme claire, inspirée des standards républicains les plus exigeants, et non à une nouvelle loi d’affichage votée dans l’urgence d’une session extraordinaire sous la pression de la vengeance ou de l’actualité.
D’abord, une distinction nette entre les dépenses de souveraineté proprement dites — armement, missions secrètes, renseignement — qui peuvent légitimement rester confidentielles dans leur détail opérationnel, et les fonds dits « politiques » ou « de solidarité », qui n’ont aucune justification à échapper à la transparence budgétaire ordinaire.
Ensuite, la mise en place d’un contrôle a posteriori systématique, confié à une commission mixte associant la majorité, l’opposition et des magistrats de la Cour des comptes. Ce contrôle ne compromettrait en rien le secret opérationnel immédiat ; il garantirait simplement qu’aucune dépense, même sensible, ne demeure indéfiniment soustraite à tout regard indépendant.
Enfin, un plafonnement légal, révisable uniquement par la loi de finances et non par simple pratique administrative, afin de mettre fin à l’inflation constatée d’un régime à l’autre depuis vingt-cinq ans.
Une exigence de cohérence, pas d’opportunisme
L’URD s’exprime ici en cohérence avec ses fondamentaux, portés depuis les origines du parti par son fondateur Djibo Leyti KÂ : la rigueur institutionnelle doit primer sur les postures de circonstance. Nous ne demandons pas la tête de tel ou tel dirigeant. Nous demandons que la représentation nationale reprenne, sur cette question précise, la plénitude de sa vocation constitutionnelle : consentir à l’impôt et contrôler la dépense publique, y compris lorsque cette dépense se pare du manteau du secret.
Le peuple sénégalais n’a pas voté, en 2024, pour changer de visage à la tête d’un système inchangé. Il a voté pour une rupture. Cette rupture ne se mesurera pas aux mots employés dans les meetings, mais aux textes votés et appliqués. C’est sur ce terrain, technique et exigeant, que l’URD entend porter ce débat — loin des invectives, au service de la seule cause qui vaille : la République et la confiance que lui doivent ceux qui la servent.
Honorable Député Oumar SECK
Secrétaire général adjoint de l’URD
Dakar, le 10 août 2026