C’est une affaire digne d’un scénario absurde, mais dont la réalité aurait pu virer au drame le plus sombre. Au cœur de la Loterie Nationale Sénégalaise (LONASE), l’institution censée veiller sur la santé des travailleurs et de leurs familles s’est transformée, des mois durant, en un théâtre d’usurpation médicale et d’improvisation criminelle. Le communiqué publié ce 4 septembre 2026 par l’Intersyndicale SATRAL/SNECCS-CNTS lève le voile sur un dysfonctionnement d’une gravité inouïe au sein du Centre médical du travail de l’entreprise : la présence à des postes stratégiques de faux professionnels de santé pratiquant une médecine de fortune au mépris le plus total de la vie humaine.
L’étincelle qui a définitivement mis le feu aux poudres s’est produite deux jours plus tôt, le 2 septembre. Ce jour-là, l’épouse d’un agent de la LONASE a dû être évacuée d’urgence vers la clinique de l’Amitié suite à de sévères complications provoquées par une prise en charge médicale totalement inadaptée. Cet incident grave, qui a bien failli coûter la vie à une patiente, n’était hélas que le résultat prévisible d’une dérive fustigée en sourdine depuis plusieurs semaines. Interpellés de façon récurrente par des salariés inquiets des prestations fournies et des compétences douteuses du personnel soignant, les délégués du personnel ont mené leurs propres investigations. Les révélations qui en découlent dépassent tout ce que l’on pouvait imaginer.
Au sommet de cette structure de santé, le Directeur du centre, recruté pour exercer en qualité de médecin praticien, s’est avéré n’être aucunement inscrit au tableau de l’Ordre des Médecins. Une infraction majeure qui le disqualifie légalement et scientifiquement d’exercer tout acte médical sur le territoire national. Plus effarant encore, le Chef du Service des soins curatifs, recruté en tant qu’infirmier d’État qualifié, n’a tout simplement jamais achevé ses études. Pire, pour masquer son incompétence lors de ses consultations quotidiennes, ce faux soignant s’en remettait au moteur de recherche Google pour diagnostiquer ses patients et établir leurs prescriptions. Une pratique sauvage et irresponsable qui transformait chaque consultation en un jeu de roulette russe pour les employés et leurs familles.
Face à cette menace directe pour la santé publique, l’Intersyndicale a immédiatement saisi la Direction générale pour exiger des mesures d’urgence. La réponse du Directeur général ne s’est pas fait attendre : un train de sanctions conservatoires a été arrêté sans délai. Les prestations des deux individus ont été suspendues avec effet immédiat, et l’ensemble des salariés ainsi que leurs ayants droit ont été réorientés vers les structures médicales partenaires de la LONASE pour leurs soins, en attendant que toute la lumière soit faite sur ce fiasco.
Si les syndicats ont tenu à saluer la réactivité du Directeur général pour juguler la crise, l’affaire laisse un goût amer et pose une question dérangeante : comment de tels profils ont-ils pu franchir les filtres du recrutement d’une grande entreprise publique sans la moindre vérification préalable de leurs diplômes ou de leurs inscriptions ordinales ? Ce scandale doit désormais servir d’électrochoc. Au-delà des poursuites pénales inévitables qu’appelle l’exercice illégal de la médecine, la LONASE se trouve face à l’obligation impérieuse de refondre entièrement ses procédures de contrôle RH afin de restaurer la confiance brisée de ses collaborateurs.