En marge des travaux de la session de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) qui s’est tenue dans la capitale sénégalaise, Mme Ndolenodji Alixe Naïmbaye, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargée des Droits Humains du Tchad, s’est livrée à un entretien exclusif. Entre réformes institutionnelles, consolidation de la démocratie et impératif de justice sociale, la garde des Sceaux dresse un panorama exhaustif et sans complaisance de la situation dans son pays, tout en réaffirmant l’engagement ferme de N’Djamena sur la scène continentale.
Un ancrage démocratique et institutionnel renouvelé
Alors que le Tchad vient de traverser une période clé de son histoire contemporaine, la ministre tient d’emblée à rappeler les fondements de la dynamique engagée sous l’impulsion du chef de l’État. Pour Mme Ndolenodji Alixe Naïmbaye, les critères d’évaluation des droits fondamentaux ne sauraient se réduire à de vaines abstractions : ils s’incarnent dans un cadre juridique et institutionnel solide.
« La situation des droits de l’homme s’apprécie dans un pays par rapport à l’existence de certains éléments assez essentiels : la ratification des instruments juridiques pertinents, l’existence de structures telles que la Commission nationale des droits de l’homme, la possibilité d’exercer les libertés fondamentales à travers des organisations de la société civile, des médias publics et privés, et un environnement politique pluraliste. »
Abordant le retour à l’ordre constitutionnel, la ministre souligne la portée historique de la démarche inclusive adoptée par le gouvernement. Le franchissement des étapes démocratiques — du dialogue national souverain à l’instauration de la Vᵉ République — témoigne selon elle d’une volonté politique inébranlable.
« Le Président de la République a marqué son mandat et la période de transition par une volonté forte, avec un calendrier annoncé et respecté pour le retour à l’ordre constitutionnel. La politique de la main tendue a permis qu’ensemble, le peuple tchadien progresse vers l’adoption de la Constitution par voie référendaire et la mise en place d’un parlement bicaméral avec l’Assemblée et le Sénat. Ce sont des avancées majeures. »
Une justice indépendante et une protection renforcée des vulnérables
Au cœur des préoccupations du ministère de la Justice figure la question clé de l’indépendance de la magistrature et du renforcement de l’État de droit. La ministre met en avant des réformes majeures qui redessinent l’architecture judiciaire tchadienne, garantissant une meilleure séparation des pouvoirs et une lutte accrue contre l’impunité.
« La réforme du Conseil supérieur de la magistrature garantit aujourd’hui l’indépendance de la justice puisque le chef de l’État ne le dirige plus. Sur le plan législatif, l’ordonnance 03 vient durcir les conditions de poursuite pour les auteurs de violences basées sur le genre (VBG). »
Toutefois, pour la garde des Sceaux, une justice équitable reste illusoire si elle n’est pas accessible au plus grand nombre. L’accent est donc mis sur la modernisation de l’aide juridictionnelle et le suivi rigoureux du Plan national de développement du secteur judiciaire.
« Lorsque nous parlons de la défense et de la protection des droits de l’homme, la condition sine qua non est la facilité de l’accès à la justice et à l’aide juridictionnelle. Nous travaillons pour que l’ensemble de nos instruments nationalisent et concrétisent le respect des engagements du pays, notamment sur la question pénitentiaire et de la dignité humaine. »
Droits fondamentaux et progrès sociaux : l’eau et la santé au premier plan
Élargissant la définition des droits humains aux droits économiques et sociaux, Mme Ndolenodji Alixe Naïmbaye rappelle que l’accès à l’eau potable, à l’éducation et aux soins de santé constitue le socle indissociable de la dignité humaine. À cet égard, des investissements majeurs ont été consentis par le gouvernement tchadien.
« L’éducation, la santé, l’eau et l’assainissement sont des droits fondamentaux. Le récent Forum sur l’eau a permis de parvenir à un pacte sur une enveloppe de 3,8 milliards de francs CFA qui facilitera l’accès à l’eau pour les populations, en plus du programme déployé dans 11 provinces. Dans le domaine de la santé, la prise en charge du diabète est désormais renforcée et une loi permettant la transplantation rénale a été adoptée. »
Une voix forte pour l’Afrique et l’abolitionnisme
En se présentant devant la CADHP à Dakar avec un rapport périodique cumulatif couvrant la période 2022-2026, le Tchad entend participer pleinement au dialogue constructif avec les mécanismes régionaux. Pour la ministre, la quête des droits humains est un cheminement continu qui exige rigueur et humilité.
« S’agissant d’un idéal, l’effort est constant. On ne doit jamais lever le pied sur les efforts pour pouvoir tendre vers cet idéal, et le gouvernement tchadien est bien inscrit dans cette logique. »
Enfin, la ministre a tenu à souligner le positionnement du Tchad sur des sujets sociétaux et stratégiques majeurs, notamment l’abolition de la peine de mort et la préservation de la paix régionale, condition préalable à toute jouissance des droits humains.
« Le Tchad est aujourd’hui un pays abolitionniste. C’est une contribution sur le plan continental : le fait qu’un pays entre parmi le concert des nations qui ont fait ce choix entraîne l’ensemble du continent sur une voie qui devient celle de la majorité. Les droits de l’homme sont fortement dépendants des questions de paix et de sécurité, et le Tchad continuera d’apporter sa pierre à cet édifice. »