Selon l’Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes et aux filles (ENR-VFF) réalisée en 2023, 31,9% des femmes de 15 ans et plus ont déclaré avoir subi une forme de violence (physique, psychologique, sexuelle ou économique) au cours des 12 derniers mois. Face à cette réalité accablante et documentée, la riposte institutionnelle contre les violences basées sur le genre (VBG) change radicalement de paradigme. Si l’arsenal juridique s’est considérablement durci ces dernières années, avec notamment la loi de 2020 criminalisant le viol et la pédophilie, une faille béante fragilisait encore le dispositif étatique : l’absence d’un mécanisme intégré pour mesurer, suivre et évaluer l’impact réel des interventions sur le terrain. Cette lacune de longue date a été comblée ce jeudi 6 août 2026 à l’hôtel Le Ndiambour de Dakar, avec la validation officielle du tout premier Système de Suivi-Évaluation des Violences Basées sur le Genre (SSE-VBG).
Portée par la Direction Nationale de l’Équité et l’Égalité de Genre, cette initiative d’envergure, soutenue par le projet Kaarangué sous l’égide d’ONU Femmes et le financement d’Affaires Mondiales Canada, vise à corriger une anomalie structurelle. En effet, malgré les efforts inlassables des acteurs publics et de la société civile déployés depuis les prémices de la stratégie nationale, l’absence de données consolidées rendait la réponse souvent fragmentée. Ce vide entravait la capacité d’orienter efficacement et promptement les survivantes vers des services médicaux, psychosociaux et juridiques adaptés à leurs traumatismes. La mise en place de ce dispositif numérique, articulé autour d’un cadre rigoureux de trente-quatre indicateurs clés, marque ainsi une rupture majeure dans la gouvernance de la protection sociale sénégalaise. L’enjeu est colossal : il s’agit de substituer l’empirisme à l’action scientifique fondée sur des données probantes, garantissant au passage une redevabilité absolue de tous les maillons de la chaîne d’intervention.
Dans cette dynamique de refonte institutionnelle, la voix des autorités de tutelle résonne comme un appel à la rigueur, à la transparence et à l’efficacité. Consciente des défis opérationnels, Madame Astou Diouf GUÈYE, Directrice de l’équité et l’égalité de genre, a tenu à recadrer les véritables enjeux de cette révolution technologique et administrative lors de l’ouverture des travaux :
« Notre ambition c’est de mettre en place un outil de gouvernance d’abord holistique parce que c’est un outil qui sert d’interaction avec tous les acteurs et les ministères sectoriels, ça nous permet vraiment de mesurer les progrès mais aussi d’avoir les données à temps voulu. La réponse aux violences nécessite une célérité et quand on ne fonde pas sur des données probantes notre action, elle pourrait être appelée à être biaisée et c’est ce que nous voulons éviter. »
Cette vision stratégique, qui replace la survivante au centre d’un écosystème de prise en charge enfin rationalisé et sécurisé, est largement partagée par les partenaires internationaux qui accompagnent l’État. Le système des Nations Unies, véritable fer de lance de cette dynamique de changement à travers les trois piliers d’intervention du projet Kaarangué, joue un rôle de catalyseur pour assurer l’arrimage de ce nouvel outil aux standards internationaux d’éthique et de confidentialité. Présente pour réaffirmer cet engagement indéfectible, Madame Aïda Gueye SEYDI, Responsable de l’unité de lutte contre les VBG pour ONU Femmes Sénégal, a rappelé la philosophie de cette collaboration de haut niveau :
« Nous engageons des actions collectives pour pouvoir apporter une réponse holistique dans le cadre des violences faites aux femmes. Nous intervenons dans le cadre normatif, dans le cadre de la prévention […] mais aussi dans la prise en charge même des victimes. ONU Femmes a un rôle central pour coordonner et accompagner les initiatives que portent le gouvernement et tous les autres acteurs pour vraiment renforcer les dispositifs de protection. »
En se dotant d’une telle cartographie des flux et d’un tableau de bord de pilotage aussi exhaustif, validé de manière participative par l’ensemble des parties prenantes, le Sénégal ne se contente plus de panser les plaies. Le pays se donne enfin les moyens scientifiques, techniques et institutionnels d’anticiper le fléau, de sécuriser les parcours de guérison et de bâtir une société où la tolérance zéro face aux violences basées sur le genre devient, plus qu’un simple slogan, une réalité mesurable et opposable à tous.
Sur la vidéo ci-dessous, nous vous invitons à découvrir les déclarations de Mesdames Astou Diouf GUÈYE et Aïda Guèye SEYDI.