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SORTIR LE SÉNÉGAL DE LA CAVERNE : LA RÉPUBLIQUE NE SE GOUVERNE PAS PAR LES OMBRES (Par Assane DIOP)

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Platon, au livre VII de La République, enferme des captifs au fond d’une ténébreuse caverne, où un feu illusoire projette sur la paroi les ombres d’objets factices. N’ayant jamais contemplé le monde dans sa vérité nue, ces captifs prennent les ombres pour la réalité, s’en repaissent, s’en disputent et commentent le néant, ignorant qu’ils n’ont sous les yeux que la projection trompeuse d’une imposture.

Une grande nation ne périt pas seulement sous les assauts de ses ennemis déclarés ; elle se consume surtout lorsque ses dirigeants réduisent la politique à un théâtre d’ombres, où les slogans tiennent lieu d’institutions, les récits incantatoires remplacent les bilans et les apparences usurpent la vérité. Aujourd’hui, le devoir impérieux de notre conscience nationale n’est plus de disserter sur ces faux-semblants : il est de briser les chaînes pour arracher le Sénégal à sa geôle.

Dans la mythologie grecque, les filles de Danaos furent châtiées par les dieux d’un supplice d’une cruauté raffinée : remplir pour l’éternité un tonneau percé. Quels que soient les efforts, l’eau s’écoulait par le fond. Le projet du Pastef est devenu, pour le peuple sénégalais, ce tonneau des Danaïdes : un récipient sans fond dans lequel la Nation verse depuis deux ans sa patience, ses espoirs et ses sacrifices, sans que jamais rien ne s’y accumule.

Pastef (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) : quel magnifique assemblage de concepts républicains, quelle mécanique de signes creux, quel slogan ambitieux en quête désespérée d’un contenu. Le contenant a accouché du vide ou a laissé l’espérance en suspens. Deux années d’exercice solitaire du pouvoir ont cruellement mis à nu cette supercherie. Qu’il s’agisse de l’amnistie, de la question des libertés, de l’opacité des caisses occultes, de la gestion des bourses ou de l’exigence de transparence des patrimoines, le parti au pouvoir n’a jamais appliqué la rupture promise : il l’a « interprétée ». En politique, ce verbe perfide est l’habillage sémantique du reniement. On n’a point gouverné par l’éthique, on a administré par l’esquive et le calcul.

Puis, le 22 mai 2026, la foudre institutionnelle s’est abattue : le président Bassirou Diomaye FAYE a limogé son Premier ministre, son compagnon de route de toujours, et dissout le gouvernement. Douze ans de connivence factice, un parti façonné en tandem et une victoire arrachée de haute lutte se sont effondrés en une seule soirée. Le « Projet » tant vanté n’a pas été trahi par les circonstances ; il a simplement été démasqué dans sa nudité. Le slogan « Diomaye mooy Sonko » est en ruines. Le pacte est rompu de l’intérieur.

À ce vide abyssal, on a cru parer par une pirouette marketing. Le 25 juillet 2026, le président enfantera d’un nouveau sigle, Kiiraay (Les Patriotes républicains), placé sous le vocable trompeur de « protection de la République, protection des institutions, protection des valeurs ancestrales ». Autre acronyme, autre habillage factice, autre paroi illuminée par les feux de la tromperie. Mais changer d’enseigne ne refonde point un État. On ne sauve pas une République en modifiant l’ombre projetée sur le mur des illusions. Le chef de l’État ne saurait se dédoubler par un tour de passe-passe politique pour s’exonérer du passif accablant d’un tandem qu’il a incarné corps et âme. Quarante pour cent d’un quinquennat ont déjà sombré dans l’improvisation : la dette souveraine pèse de tout son poids, la notation financière a dégringolé, des milliers d’emplois se sont évaporés, le secteur du bâtiment s’asphyxie et les investisseurs fuient un climat des affaires devenu irrespirable. Kiiraay ne sera jamais le refuge de ceux qui veulent fuir le bilan de la chose par l’artifice d’un mot neuf.

Aujourd’hui, l’appareil de Pastef et ses avatars tentent d’assigner le Sénégal à résidence dans une nasse artificielle : une binarité de bas étage opposant l’ombre parlementaire à l’ombre présidentielle. Chacun s’agite pour imposer son récit exclusif, s’autoproclame l’authentique vestale du temple et relègue l’autre au rang de pâle copie. La guerre stérile des récits a supplanté l’exigence du bilan. Ce piège grossier doit être brisé net. La dualité qu’ils fabriquent à grand renfort de communication n’est en rien une alternative démocratique ; c’est la même illusion fracturée en deux silhouettes trompeuses. Le Sénégal n’a nul besoin de deux cavernes, l’une aux teintes fanées du populisme, l’autre aux reflets incertains du reniement. Le Sénégal a urgemment besoin d’une République debout, souveraine et lumineuse.

Pendant ce temps, le peuple sénégalais attend. La croissance 2026 a été revue à la baisse à 2,5 %, après 6,7 % en 2025. Le chômage au sens élargi atteint 22,9 %, touchant près d’un jeune sur trois. La renégociation des contrats pétroliers et gaziers se heurte aux réalités du droit international, tandis que la dette publique a atteint des sommets vertigineux, avec un déficit budgétaire réel s’élevant à 11,6 % du PIB. Ce ne sont pas de simples chiffres : ce sont des vies, des familles, des rêves différés.

Le geste philosophique de Platon demeure une boussole inflexible : arracher le captif à sa torpeur, l’entraîner de force hors de l’obscurité, et le contraindre à contempler le réel, la flamme nue, les faits tangibles, puis la clarté éclatante de la vérité.
Notre devoir n’est pas de redistribuer les fauteuils, mais de défendre la continuité de l’État, la vérité des comptes, la souveraineté des institutions et l’intérêt national. L’opposition que nous incarnons est celle de la lucidité : elle dit au peuple ce qu’il a le droit de savoir et propose une justice réellement indépendante, une politique d’emploi prioritaire et la vérité des comptes publics comme condition absolue de toute confiance.

Le Sénégal n’a pas besoin d’un tonneau où disparaissent ses espérances. Il a besoin d’un cap, d’une méthode, d’une vérité. Notre boussole ne s’incline devant aucun gourou ni aucun reniement opportuniste : c’est la Constitution, l’intangibilité des deniers publics et l’intérêt supérieur de la Nation. On ne joue pas aux apprentis sorciers avec un État. L’heure n’est plus aux illusions de façade : il s’agit d’arracher définitivement le Sénégal de sa geôle par la force de la vérité.

Assane DIOP Pôle RVA du Cercle des Cadres de la Republique des Valeurs

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