đŽVIDĂOâĂNERGIE EN AFRIQUE : DAKAR RELANCE LE SYSTĂME D’INFORMATION ĂNERGĂTIQUE AVEC UNE VOLONTĂ POLITIQUE SANS PRĂCĂDENT
Un atelier de trois jours tenu Ă Dakar marque un tournant dĂ©cisif pour l'Afrique dans sa quĂȘte d'accĂšs universel Ă l'Ă©lectricitĂ©. La Commission Africaine de l'Ănergie vient de lancer un rapport diagnostique et un plan d'action ambitieux visant 16 pays et deux communautĂ©s Ă©conomiques rĂ©gionales, dont le SĂ©nĂ©gal, avec un engagement politique jugĂ© exceptionnel par les organisateurs.
Pour la premiĂšre fois, le continent se dote d’indicateurs et de statistiques Ă©nergĂ©tiques fiables. Nougbodohoue SAMSON, Chef de la Division du SystĂšme d’Information ĂnergĂ©tique et des Statistiques Ă la Commission Africaine de l’Ănergie, n’hĂ©site pas Ă qualifier cette initiative de « pas de gĂ©ant ». « L’Afrique est sur le bon chemin pour produire maintenant des indicateurs et des statistiques de qualitĂ© sur l’Ă©nergie », souligne-t-il.
La particularitĂ© de cette rencontre rĂ©side dans la mobilisation politique sans Ă©quivalent. Au-delĂ des coordonnateurs nationaux, ce sont les secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux des ministĂšres en charge de l’Ă©nergie qui ont participĂ©, signalant une appropriation au plus haut niveau de l’Ătat. « Nous avons senti vraiment une volontĂ© politique qui s’est dĂ©gagĂ©e pour la mise en Ćuvre de ce plan d’action », relĂšve SAMSON.
Ce contexte gagne en importance Ă la lumiĂšre des chiffres alarmants : plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accĂšs Ă l’Ă©lectricitĂ©. Jusqu’Ă prĂ©sent, cette rĂ©alitĂ© restait invisible dans les donnĂ©es nationales et rĂ©gionales. Les nouveaux systĂšmes d’information permettront aux gouvernements de localiser prĂ©cisĂ©ment ces populations : en zone rurale ou urbaine, dans quelle rĂ©gion, Ă quel pourcentage d’accĂšs. « Ces 600 millions sont maintenant visibles Ă travers des chiffres », affirme le responsable.
Cette visibilitĂ© statistique transforme l’approche politique. Au lieu de programmes gĂ©nĂ©riques, les gouvernements pourront dĂ©sormais conduire des actions ciblĂ©es. Si la capitale atteint 100 % d’accĂšs Ă l’Ă©lectricitĂ© tandis qu’une rĂ©gion n’en dispose que de 15 %, les investissements s’orienteront prioritairement vers les zones dĂ©favorisĂ©es. Dans le contexte de l’agenda 2030 exigeant l’accĂšs universel Ă l’Ă©lectricitĂ©, cette prĂ©cision devient critique pour les quatre annĂ©es restantes.
La vraie rupture rĂ©side toutefois dans le financement. Les plans d’action Ă©laborĂ©s Ă Dakar ne sont pas des vĆux pieux : ils sont budgĂ©tisĂ©s. Chaque action dispose d’une enveloppe financiĂšre dĂ©finie, que ce soit 100 000, 200 000 ou 300 000 euros. Surtout, les Ătats se sont engagĂ©s Ă mobiliser des ressources nationales sans attendre les bailleurs de fonds traditionnels. « Nous n’allons pas attendre les partenaires au dĂ©veloppement. Nous avons la volontĂ© politique. Nous allons mettre maintenant des lignes budgĂ©taires dans nos budgets au niveau national », explique SAMSON, citant l’engagement formel des secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux des ministĂšres.
Cet engagement contraste avec des dĂ©cennies de rĂ©flexions africaines restĂ©es lettre morte. Le continent souffre justement d’une rĂ©putation : rĂ©flĂ©chir sur tout, mettre en Ćuvre peu. SAMSON reconnaĂźt implicitement ce dĂ©fi en insistant sur deux indicateurs clĂ©s d’une mise en Ćuvre rĂ©elle : l’engagement politique dĂ©sormais manifeste et la mobilisation de ressources financiĂšres nationales couplĂ©e Ă une aide internationale.
Les secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux ont Ă©galement adressĂ© un signal puissant en rĂ©affirmant que renforcer les systĂšmes d’information Ă©nergĂ©tique doit rivaliser, dans la hiĂ©rarchie budgĂ©taire, avec des projets aussi prestigieux que la construction de barrages hydroĂ©lectriques. Cette hiĂ©rarchisation reprĂ©sente un changement paradigmatique dans les prioritĂ©s africaines.
Avec ce nouvel Ă©lan, Dakar devient un point de dĂ©part pour une transformation concrĂšte du paysage Ă©nergĂ©tique africain. Le continent entame une nouvelle Ăšre oĂč les dĂ©cisions politiques s’appuieront enfin sur des donnĂ©es solides et oĂč 600 millions d’Africains dans le noir verront leur situation monitorĂ©e, Ă©valuĂ©e et progressivement corrigĂ©e.
Retrouvez sur la vidĂ©o ci-dessous, l’intĂ©gralitĂ© de notre entretien exclusif avec Nougbodohoue SAMSON.
