🔴VIDÉO–APRÈS 2030, LE SÉNÉGAL RÉINVENTE SON MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT : QUAND LA SOCIÉTÉ CIVILE ET L’ÉTAT EXIGENT L’ÉQUITÉ TERRITORIALE
À quatre ans seulement de l’échéance décisive fixée par les Nations Unies, le compte à rebours de l’Agenda 2030 est irréversiblement lancé. Face à un bilan continental mitigé mais porté par la volonté d’anticipation du Sénégal, le Conseil des Organisations Non Gouvernementales d’Appui au Développement (CONGAD), soutenu par le réseau mondial FORUS dans le cadre de son Projet Cycle 7, a réuni l’ensemble des forces vives de la nation ce 21 octobre 2026 à l’hôtel Fleurs de Lys de Dakar. Cet atelier stratégique de réflexion sur le développement durable post-2030 marque une étape charnière : celle où la société civile et les pouvoirs publics choisissent d’unir leurs visions pour replacer l’équité territoriale et la voix des communautés oubliées au cœur des futures politiques publiques.
L’urgence d’un changement de paradigme est sur toutes les lèvres. Si le Sénégal a déployé des efforts notables salués à l’échelle internationale, la fracture territoriale et l’accès inégal aux services essentiels exigent un redressement de trajectoire immédiat. Représentant le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Madame Fatou Mokhtar Fall FAYE, directrice du partenariat et des ONG, a livré un constat sans complaisance tout en fixant le cap de cette grande concertation : « L’objectif de cet atelier de réflexion, c’est vraiment déjà de capitaliser les acquis, mais de mettre le doigt sur les insuffisance et voir les points d’amélioration qui permettront à l’après-2030 de prendre en compte les aspirations des populations, leurs difficultés au quotidien, mais surtout prendre en compte la dimension équité territoriale. »
Au-delà des orientations stratégiques, la question de la gouvernance et de la redevabilité s’impose comme la condition sine qua non de toute transformation durable. Alors que 800 ONG sont recensées à travers le pays, seules 240 s’acquittent régulièrement de leurs obligations de transmission de bilans aux autorités. Loin de toute démarche punitive, l’État prône un accompagnement vers la conformité, illustré par le lancement de la nouvelle plateforme IOSC de cartographie nationale. Rappelant la société civile à ses propres devoirs d’exemplarité, la directrice du partenariat et des ONG a fermement souligné : « J’ai profité de la tribune pour rappeler à la société civile la nécessité d’être les premiers à mettre en œuvre la redevabilité et la transparence. (…) Nous ne sommes pas dans une dynamique de gendarmes pour voir arrêter les activités, mais vraiment de les amener à ce qu’ils puissent respecter les obligations. »
Cette volonté d’action concertée se heurte toutefois à une contrainte financière majeure, caractérisée par la rareté des flux d’aide internationale et un contexte budgétaire sous tension. Pour le président du CONGAD, M. Ibrahima YADE, la réponse réside dans la remobilisation des partenariats et la remontée directe des priorités exprimées par les populations locales : « Tout ce que nous voulons, c’est rappeler que l’objectif clé des ODD, c’est le partenariat et la mobilisation des fonds à tous les niveaux. Donc ce que fait le CONGAD, c’est renforcer son plaidoyer et son message envers les partenaires pour les sensibiliser davantage et faire en sorte qu’ils reviennent à financer les objectifs de développement. »
Cette approche ascendance, dite bottom-up, trouve un écho favorable et concret au sein du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan. M. Mahi Amadou DÉME, économiste et chef de division à la Direction générale de la planification, confirme que cette synergie s’insère parfaitement dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 et la Stratégie nationale de développement 2025-2029 : « La chance que le Sénégal a, nous avons déjà une vision qui va au-delà de 2030. Donc toutes les réflexions en tout cas, toutes les propositions qui seront faites vont être intégrées dans la prochaine phase quinquennale. »
En positionnant la co-construction et l’inclusivité au centre des débats, le Sénégal prouve qu’il ne subira pas l’après-2030, mais qu’il le façonne dès aujourd’hui, avec et pour ses citoyens.
