La République ne saurait être forte si elle se montre ingrate ou injuste envers ceux qui l’ont servie. C’est le sentiment de profonde amertume qui anime aujourd’hui les anciens membres du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT). Au-delà des clivages politiques et des tempêtes institutionnelles qui ont mené à la dissolution de cet organe, une crise humaine et administrative couve dans l’ombre. Le Président Bassirou Diomaye Faye se trouve désormais devant un impératif moral et légal : réparer d’urgence l’injustice financière et matérielle flagrante subie par ces anciens hauts conseillers.
Un préjudice financier et matériel sans précédent
La situation décrite par les ex-membres du HCCT s’apparente à une véritable descente aux enfers administrative. Alors que la dissolution d’une institution doit obéir à des règles strictes de liquidation respectant les droits des personnes engagées, les griefs s’accumulent et témoignent d’un traitement d’une rare dureté :
• Cinq mois d’arriérés de salaire : Une privation de revenus qui frappe de plein fouet des citoyens dont l’engagement au service de l’État constituait l’activité principale.
• Saisie des véhicules des véhicules dont ils ont acheté : Le retrait abrupt des moyens de locomotion des vice-présidents, des secrétaires élus et des présidents de commission, paralysant leur mobilité du jour au lendemain.
• Des ponctions mensuelles inexpliquées : Des coupes sombres allant de 700 000 FCFA pour les vice-présidents et secrétaires élus, à 400 000 FCFA pour les présidents de commission.
La spirale de la précarité et le harcèlement bancaire
Cette rupture brutale des engagements financiers de l’État a des conséquences sociales dramatiques. Confiants dans la signature de la République, de nombreux hauts conseillers avaient contracté des prêts auprès des institutions financières pour honorer leurs charges familiales ou investir. Aujourd’hui, privés de leurs émoluments et amputés de leurs revenus par des ponctions inexplicables, ils se retrouvent persécutés par les banques. La transition institutionnelle s’est ainsi transformée en un piège financier, jetant le discrédit sur des serviteurs de l’État désormais acculés par les huissiers et les contentieux bancaires.
La jurisprudence du CRAES et du Sénat : un phare légal
Pourtant, l’histoire institutionnelle du Sénégal offre des clés de lecture et des solutions toutes prêtes. Le pouvoir actuel n’invente pas la dissolution d’institutions. Les précédents du Conseil de la République pour les Affaires Économiques et Sociales (CRAES) sous l’ère Abdoulaye Wade, ou encore la suppression du Sénat, ont tracé une jurisprudence républicaine limpide.
Dans ces deux cas de figure, l’État, garant de la continuité du service public et du respect des contrats, avait pris le soin de compenser dignement les membres sortants, d’apurer les dettes et d’assurer une transition qui ne lèse personne. Pourquoi ce qui a été fait hier pour préserver la dignité des cadres de la nation ne pourrait-il pas être appliqué aujourd’hui ? La rupture ne doit pas être synonyme de reniement des engagements contractuels de l’État.
Un appel solennel à la justice républicaine
Monsieur le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, le « Projet » dont vous portez les valeurs est intrinsèquement lié à la justice sociale, à l’équité et à l’État de droit. Laissera-t-on le ressentiment et la précarité s’installer chez des compatriotes qui, quelle que soit leur coloration politique, étaient investis d’une mission républicaine ?
Il ne s’agit pas ici de mener un combat de chapelles, mais de restaurer la sacralité de la signature de l’État du Sénégal. Le Chef de l’État doit ordonner sans délai le règlement de ces cinq mois de salaire, faire la lumière sur les ponctions et restituer la dignité matérielle à ces hauts conseillers. La grandeur d’une République se mesure à sa capacité à solder ses comptes avec élégance, droiture et justice.
Le collectif des anciens Membres du HCCT